dimanche 13 novembre 2016

La Crise 1970 - 20??

"LA CRISE"

(à prononcer avec une voie off de film gore sur une musique dodécaphonique)

D'aussi loin que je m'en souvienne il a toujours été question de LA CRISE dans les médias, comme un nouveau fléau, une peste noire des temps modernes, un truc protéiforme qui touche toute sorte de domaine selon la météo, l'air du temps ou la pénurie de ketchup à la cantine de la JP Morgan à midi.

Pour dire les choses simplement LA CRISE est l'état normal de toutes choses aujourd'hui et nous avons , quelle que soit l'époque ou le lieu, toujours été en crise d'une façon ou d'une autre.

Aujourd'hui elle est l'instrument parfait pour toutes les grandes occasions : Vous avez été viré ? C'est LA CRISE, l'essence est trop chère, idem. Votre grand-mère s'est remariée avec un sénégalais polygame de 18 ans ? LA CRIIIIISE qu'on vous dit.

Et si demain un truc ne va pas, c'est de toutes façons dû à la crise.

J'ai essayé l'astuce au boulot une fois. Un mois de mars lamentable, j'avais décidé d'exploser mon score sur Candy Crush et les heures de trainning s'enchainaient au détriment de mes stats et pour le plus grand bonheur de mes clients-victimes.

Convoqué chez le zooplancton d'en face pour m'expliquer je lui ai servi LA CRISE... J'en ai pris plein la gueule.

Nota : LA CRISE ne sert qu'à un certain niveau de responsabilité, plus il est élevé, plus LA CRISE apporte une excuse crédible et définitive masquant une incompétence crasse, une corruption galopante ou un rienafoutrisme record.

Donc, LA CRISE battait son plein, comme toujours avec un effet effectivement dévastateur sur la bourse qui explosait jour après jour des records de profit quand j'ai choisi d'attaquer le monde du travail frontalement.

Question : Comment attaquer frontalement le monde du travail avec, par exemple, une maitrise d'histoire ?
Réponse : Dans ton cul.

Avec un diplôme d'ingénieur obtenu haut la main et une volonté farouche d'en découdre avec un vrai job de winner on vous enverra bien souvent chier en vous expliquant que :
  • Vous n'avez pas d'expérience
  • Vous êtes trop qualifié pour ce poste
  • On cherche un ingé truc et vous êtes plutôt ingé machin-chose...
Avec une maitrise d'histoire dans les mêmes conditions :
  • Ha ! HA ! HA ! Le con.
  • Et sinon, vous savez jongler ? Faites-nous rire !
  • On cherche plutôt un historien truc et vous êtes historien machin-chose.
Il vous restera donc Mac Do, l'intérim, les concours administratifs et/ou les braquages. Avec beaucoup de recul et d'expérience, les années passant, on se fait une idée assez précise des vrais « braqués » dans cette affaire.

J'ai tenté Mac Do pour commencer. Développant  rapidement une allergie à l'enseigne et au management djeun's super cool putainmaismagnetoiplusvitealléééééééé associé au jargon rigolo « tufélacloz ? », je choisis l'exil, loin de ces lieux de culte voué au gras.

L'intérim ensuite a été une véritable révélation :
A l'aube du XXIième siècle, juste avant l'apparition des voitures volantes, de la conquête spatiale et de la colonisation de mars dans un monde débarrassé des maladies, des guerres, de la faim et de la pauvreté (oui oui, on pensait à l'an 2000 avec espoir à une certaine époque.), il existe encore des lieux dignes de Germinal.

 De braves gens travaillent à la chaine à trier des saucisses, fabriquer des portières, ranger des oeufs dans des boites, le tout à une cadence imposée, dans un vacarme épouvantable et sans avoir le temps de parler ni même de faire preuve d'un quelconque comportement humain.

Et oui, le jeune con que j'étais a découvert la machine humaine, le véritable asservissement, avilissement de l'homme, qu'il pensait d'un autre âge. Pensez-y quand vous utilisez un oeuf. Il n'a pas été pondu dans cette boite.

J'ai donc pu faire mes armes dans ce milieu. Déménageur, trieur de saucisses, manipulateur sous presses avec des mecs dont le nombre de doigts atteignait rarement 10...Toutes sortes de jobs durs, sans intérêt, sans espoir d'évolution si ce n'est vers le pire.

C'est donc ça la vie ? La vraie vie ?

Il arrive un moment où doit se faire LE choix: Baisser les bras avec fatalisme et entrer comme rouage de la machine à broyer, ou combattre.

Je décidai alors de combattre avec fatalisme. 

*** 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire